Retour sur ulule.com
Nous lançons aujourd’hui une consultation pour un (possible) nouveau service orienté sur le financement des entreprises en fonds propres : Ulule entreprises. Si vous vous intéressez au financement de l’entrepreneuriat, au crowdfunding, ou si vous avez vous-même un projet d’entreprise, vous êtes chaleureusement convié à nous apporter vos suggestions !
Une bonne occasion de rappeler les spécificités des différents “modèles” de financement participatif : nous avons pris soin de lancer notre consultation sur une page à part, pour éviter toute confusion. Sous le terme “crowdfunding”, c’est en effet toute une galaxie de services, de sites et de “philosophies” qui se côtoient, avec en commun le triptyque ”foule+internet+financement”, mais avec de réelles dissemblances.

Parmi les 4 grandes familles du crowdfunding, je demande donc… :
1. Les plateformes de don (« Donation-based »)
Levées de fonds sur internet pour des causes charitables ou de type mécénat. Les contreparties offertes aux internautes en échange des sommes reçues sont symboliques.
C’est historiquement le type de “crowdfunding en ligne” le plus ancien, porté par des sites comme JustGiving, et cela reste le plus gros secteur en volume avec plus d’1 milliard de dollars au niveau mondial (+57% vs 2011) selon le site Crowdsourcing.org.
2. Le financement sans contreparties financières « Reward-based »
Des contreparties en nature sont offertes aux internautes en fonction du montant des sommes qu’ils versent. Le porteur de projet conserve intégralement la “propriété” de son projet. Pour l’internaute, il ne s’agit pas d’un investissement (pas de retour financier attendu) mais soit d’un don, soit (le plus souvent) d’une souscription (pré-vente). Ulule fonctionne sur ce modèle (même si certains projets sur Ulule peuvent être assimilés à la première catégorie, comme ce projet du WWF). En volume, le marché était estimé à 258 millions de dollars en 2012 (+323% vs. 2011 !) mais ces projections ont été dépassées en cours d’année, sous l’impulsion notamment du site américain Kickstarter.
3. Le financement avec prise de participation (« Equity based »)
L’internaute “investisseur” acquiert une participation dans le projet ou devient co-producteur et a le droit en échange à des contreparties financières en cas de succès commercial du projet. C’est le modèle de différentes plateformes qui permettent de prendre une participation direct au capital des entreprises. Au niveau mondial, les sommes collectées représentaient 472 millions de dollars en 2012, là aussi en forte progression (+ 317% vs. 2011). C’est sur ce modèle que se mènent actuellement beaucoup de réflexions, dans le prolongement du JOBS Act aux Etats-Unis, et aujourd’hui en France au ministère de Fleur Pellerin. Et c’est en réfléchissant à ce modèle que nous lançons une consultation Ulule entreprises.
4. Le prêt participatif (« Lending-based »)
Prêt entre particuliers, micro-crédit, prêt des particuliers aux entreprises… Le secteur représente plus d’un milliard de dollars au niveau mondial en 2012 (toujours selon Crowdsourcing.org). Un modèle très intéressant, aussi appelé P2P lending (prêt de pair à pair)
On comprendra en lisant cette rapide typologie que chacune de ces “familles” évolue dans un environnement et dans un contexte réglementaire très spécifique. Beaucoup de questions se posent au législateur pour accompagner certains usages émergents, non prévus dans les textes. Pour être très clairs sur ce point (car il n’est pas toujours bien compris des observateurs) : sur le système “sans contrepartie financière” qui est celui d’Ulule aujourd’hui, il n’existe aucune impossibilité réglementaire : Ulule est 100% légal, sécurisé, et bordé d’un point de vue réglementaire. Un gros travail - notamment de mise en conformité des flux transactionnels - a été réalisé, mais de notre point de vue ce travail et cette réglementation font sens pour protéger les intérêts des utilisateurs.
A noter au passage : le système “sans contreparties financières” peut indirectement participer au financement d’entreprises lorsqu’il met en relation une société avec ses futurs “clients” (pour prendre quelques exemples sur Ulule, citons l’Electree, le cube Inside, la Revue dessinée ou encore les Bières de la Goutte d’Or). La souscription à un produit ou à un service devient dès lors une occasion de garantir à l’entreprise une avance en trésorerie qui lui permettra d’assurer - en partie ou totalement - la production de ce produit ou de ce service.
Beaucoup de discussions concernant la réglementation du financement avec prise de participation évoquent le succès de ce système aux US en citant - explicitement ou non - le cas Kickstarter… qui justement fonctionne sans contrepartie financière ! De façon notable, le champion américain du crowdfunding est d’ailleurs l’un des seuls qui ne se soit pas prononcé sur le JOBS Act (nb : le “Jumpstart Our Business Startups Act” voulu par le président Obama a pour vocation d’autoriser le crowdfunding equity, via un allègement des règles relatives à l’appel public à l’épargne et donc des règles de la SEC). Si nous lançons aujourd’hui une consultation sur Ulule entreprises, c’est parce que nous sentons une forte appétence pour un tel service (que ce soit chez certains porteurs de projets ou dans la communauté Ulule) mais que nous voulons dans le même temps éviter toute confusion, et nous souhaitons présenter les opportunités et les contraintes de chaque système en toute transparence.
Le crowdfunding est un secteur encore très jeune. Ces réflexions et interrogations réglementaires ou fonctionnelles sont donc tout à fait légitimes. Notre envie : participer à ce bouillonnement, vous le faire partager, et porter plus loin encore l’exercice pour donner vie à de beaux projets. A bientôt donc pour la suite !